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Créée en 1925 en Belgique par un prêtre, Joseph Cardijn, la JOC naît en France à Clichy en 1927 sous l’impulsion du Père Georges Guérin. Il propose aux jeunes ouvriers qu’il rencontre de réfléchir, d’analyser ce qu’ils vivaient, de se former et d’agir. Il les encourage à militer dans des syndicats et à participer à des groupes d’étude de la doctrine sociale de l’Eglise. Il entend alors parler de la JOC belge...

 

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Francisque Gay et les démocrates d'inspiration chrétienne 

 

Alors que nous  entrons dans une campagne électorale à l'issue très incertaine, certains se demandent : que penserait Marc Sangnier, ou que dirait Francisque Gay ?

 

Nul ne peut répondre à la place du Président du Sillon, ou du fondateur de la Vie catholique et de l'Aube. Ce qui est sûr, et c'est ce que le livre de Jean-Michel Cadiot démontre sans conteste, c'est que les sillonistes, et le courant de pensée des démocrates d'inspiration chrétienne, qui ont ancré les chrétiens dans la République et la démocratie, et joué un rôle de premier plan dans la Résistance, ont profondément imprégné la société française, inspiré maintes lois sociales, maintes initiatives de paix.

Et surtout ont donné une influence morale, un esprit de responsabilité indispensable en politique, et que les actuels et futurs dirigeants de notre pays feraient bien de suivre.

 

 Disciple du prêtre résolument progressiste et dreyfusard Georges Frémont, et de Marc Sangnier, auprès de qui il s'engage, de façon définitive, sans aucune hésitation ni restriction, dès ses 18 ans, Francisque Gay est peu connu du grand public. Sans doute ne l'a-t-il pas recherché, tant il a voulu être un rassembleur, effacé même.

 

Pourtant, son oeuvre est considérable. Le livre de notre ami Jean-Michel Cadiot, son petit-fils, commence, parce que c'était nécessaire pour comprendre le personnage par un historique, depuis l'abbé Grégoire, Lamennais, Ozanam, Gratry, de ce courant de pensée dont le Sillon en est l'aboutissement. Jean-Michel Cadiot nous relate l'apport incomparable du Sillon à l'Eglise, directement ou indirectement  - l'Action catholique notamment la JOC, la rupture de l'Eglise avec l'Action française - la société (les Auberges de la Jeunesse, les Maisons pour tous, de nombreux syndicats, des coopératives, et même.. la Coupe du monde, fondée par Jules Rimet) et la paix dans le monde, en particulier avec BIERVILLE, ainsi que le début de l'idée européenne.

 

Gay, né à Roanne, élevé chez les Lazaristes de Lyon, entre à la maison Bloud en 1909. En 1911, la maison chrétienne devient "Bloud et Gay". Il édite des histoires religieuses (Fliche et Martin, Mourret), des centaines de livres de liturgie, de théologie, de piété, et surtout la monumentale Histoire littéraire du sentiment religieux d'Henri Bremond. Il "lance" aussi Henry de Montherlant et la poétesse Marie Noël.

 

En 1924, il fonde la Vie catholique, seul journal chrétien à défendre le Pape Pie XI quand ce dernier condamne Maurras, "nationaliste intégral" et antisémite, toutes choses impossibles pour un chrétien.

 

En 1932, c'est l'aube, quotidien qui, avec Georges Bidault, Louis Terrenoire, Luigi Sturzo (principal opposant catholique à Mussolini), Maurice Schumann dénoncera le nazisme païen, le fascisme, les guerres d'Ethiopie et d'Espagne, défendant les juifs persécUtés. Ce journal, aux faibles moyens, dénoncera les accords de Munich.

 

Avant la guerre, Francisque Gay fonde les Nouvelles Equipes Françaises (NEF) avec Sangnier, Bidault, Terrenoire, Schumann, Pierre-Henri Teitgen, François de Menthon, Edmond Michelet, mais aussi le radical Pierre Cot et le socialiste Léo Lagrange. Dès juin 1940, il se rallie à de Gaulle, qui avait du reste écrit dans l'Aube.

 

Il participe au "groupe de Lille" avec Jean Sangnier et Raymond-Laurent, recevant notamment Honoré d'Estienne d'Orves, et aide le premier journal clandestin chrétien "La France continue", dont un des principaux animateurs, le diplomate et philosophe Paul Petit, arrêté en 1942 le 7 février 1942 sur dénonciation, sera décapité à Cologne, le 24 août 1944.

 

C'est pour ces engagements que Bidault succédera à Jean Moulin, en 1943, à  la tête du CNR, où plus du quart des membres ont été de la NEF !

 

Le 23 mars 1944, la Gestapo investit la rue Garancière, siège de Bloud et Gay, cherchant le successeur de Max (Bidault ou Gay ?, ils l'ignorent), et envoie à Dachau Terrenoire et deux collaborateurs de l'aube, Jean Dannenmëller et Gaston Garo.

 

Francisque Gay prépare les textes visant à faire à la Libération une presse libre, délivrée des puissances de l’argent. Il sera Ministre d'Etat des gouvernements De Gaulle - c'est lui qui présidera De Gaulle parti, la fameuse réunion du 20 janvier 1946 où le chef de la France libre a annoncé sa démission ! - Gouin et Bidault.

 

S'il est un des fondateurs du MRP, il n'est pas ébloui par ses succès, ambigus à ses yeux, et critique son orientation à droite et les guerres coloniales. Ami déjà  de longue date de Maurice Thorez et de Léon Blum, il tient plus que tout au tripartisme.

Francisque Gay, qui avait été militant de la Jeune République, penche de plus en plus à gauche, et soutient le retour du général de Gaulle en 1958, par fidélité à l'homme, mais aussi parce qu'il pressent que lui seul peut donner l'indépendance à l'Algérie.

Lorsqu'il meurt, en octobre 1963, le Concile bat son plein. Ce bouleversement novateur, qui intègre la liberté chez les chrétiens, a été initié par Jean XXIII, alias Ange Joseph Roncalli. Comme nonce apostolique à Paris, il avait beaucoup fréquenté des chrétiens de progrès comme Sangnier, Gay, Maritain, des dominicains, des jésuites qui,  à des titres divers, avaient été formés par le Sillon, ou l'avaient rencontré à des moments décisifs.

 

Jérémie CHESTON

 

Francisque Gay et les démocrates d'inspiration chrétienne

de Jean-Michel Cadiot, aux Editions Salvator.

 
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